The Neon Demon – Les critiques

“Dans nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté.”

René Char

19.30, Ava et Adèle quittent un multiplex hors de prix, le cœur lourd, des relans d’émotions dans la gorge. C’est le dernier Nicolas Winding Refn qu’elles sont allées voir chez Léa Seydoux : The Neon Demon, présenté en compétition au festival de Cannes.

the Neon DemonAdèle : “Dans une époque peu définie (on imagine que c’est la notre mais le spectateur est souvent plongé dans un univers futuriste, il y a d’ailleurs de très belles ruptures d’époque entre shooting digne d’un tournage de science fiction et scène “so 2016″), Jesse, jeune fille qui vient d’avoir seize ans et dont on ne sait rien, se lance dans le mannequinat en Californie. Formidablement interprétée par Elle Fanning (qui a seulement dix-huit ans), ce personnage est d’une pure et naturelle beauté. Elle évolue au milieu de femmes parfois refaites, souvent vides mais avides de gloire, standards de la beauté féminine. Jesse incarne alors la perfection alors que les mannequins n’en deviennent qu’une pâle copie. Si certaines admirent plus que tout la jeune femme, d’autres ne rêvent que sa perte.”

Ava: “Plongée trop tôt dans les abysses d’un univers aussi monstrueux qu’il parait utopique, et dont elle maîtrise rapidement les rouages, son personnage est source de convoitise et permet à Winding Refn de développer un trio de personnages féminins qui regorgent de complexité tant dans leurs ressemblances que dans leur moyens de s’éloigner: la “femme bionique”, intégralement passée au bistouri, qui développe sa vision de la beauté perfectible, en paradoxe avec cette volonté maladive de ressembler à Jesse, beauté naturelle, Gigi, intacte mais dans l’incapacité d’égaler l’héroïne.

 

Le film est visuellement irréprochable et enchaîne des plans grandioses qui ont valu au réalisateur des critiques virulentes et des huées à Cannes. On lui reproche en effet l’utilisation abusive d’un style d’image et d’une esthétique qu’il se prétend défendre, en montant une sorte de référence constante à la photographie d’Helmut Newton, ce qui je pense n’est ni totalement faux ni totalement vrai. De nombreux plans contemplatifs sur cet univers qui avale les gamines toutes crues sont présents et constituent plus une référence à Newton qu’une adaptation pure et dure, et s’inscrivent à bon escient dans la démarche critique du film. Winding n’est pas seulement dans l’esquisse et assiège un coup final au spectateur grâce à sa référence à Erzebeth Bathory, sanglante et imposante à l’écran. Ainsi, The Neon Demon  est loin d’être une version glamour de Massacre à la tronçonneuse, et est pour moi une expérience dans le monde sans pitié d’Hollywood que Maps to the stars de Cronenberg ou Mulholland Drive de Lynch, ou la critique se fait plus discrète.

Photographie de Jack Nicholson par Helmut Newton
Photographie de Jack Nicholson par Helmut Newton
Photographie par Helmut Newton
Photographie par Helmut Newton

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