Juste la fin du monde -La critique

Tellement de temps que j’attendais ce Dolan ! Après la claque émotionnelle de Mommy, j’avais hâte de retourner pleurer face à l’écran, avec Céline Dion en fond sonore. Je suivais de près chaque conférences de presse, chaque extraits de film. Et pour 2016, Xavier sortait du lourd : Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux, Vincent Cassel et Marion Cotillard, réunis en 1h30 … Avec comme scénario quelque chose d’un peu différent de d’habitude, une adaptation d’une pièce de théâtre (de Jean-Luc Lagarce). Premières craintes cependant suite au visionnage d’un extrait, où Léa Seydoux jouait, selon mon humble avis, comme une patate.  Maaaaaaais après tout, un extrait n’est pas le film, et c’est avec toute l’admiration pour Dolan et la hâte du monde que je me suis rendu dans mon cinéma d’art et essai préféré.

Juste la fin du monde

Le film commence fort. Louis, interprété par Gaspard Ulliel, se rend chez sa famille pour un repas alors qu’il ne les a pas vu depuis douze ans. Pour leur annoncer sa mort, ou plutôt son suicide. Ambiance. Rien que ça, prononcé par M. Glandu ça sonne. Alors imaginez un peu cette situation présentée par Gaspard Ulliel, l’homme qui est capable de me provoquer un orgasme visuel et sonore (je cherche désespérément quelqu’un qui a la même voix pour me raconter des histoires le soir) en moins de trente secondes. Il y a pas à dire, ça a de la gueule. Soulagement donc. Surtout que tout ça est filmé avec une technique et des plans irréprochables.

Maaaaaaais tout se complique quand Louis arrive chez ladite famille. Parce que la crainte du visionnage de l’extrait s’est révélé vraie : Léa Seydoux (mais aussi Vincent Cassel) joue certains passages comme une patate. Je m’explique, j’ai trouvé que son jeu restait en surface, quelle n’avait pas une palette très large, que ses répliques tombaient à plat … (et je m’attaque ici principalement à Mademoiselle Seydoux, mais Monsieur Cassel était parfois dans un registre de grotesque parodie). La faute à qui ? à quoi ? Une mauvaise direction d’acteurs ? Peu crédible quand on regarde la direction des acteurs de Mommy … De mauvais acteurs ? Théorie également fumeuse, je n’ai jamais adoré Léa Seydoux, mais elle tire selon moi son épingle du jeu, que ce soit dans Saint Laurent ou La vie d’Adèle. Quant à Vincent Cassel je l’ai trouvé excellent dans de nombreux films … Est-ce alors l’adaptation de dialogues de théâtre au cinéma qui est mal passée ? Pour moi, le mystère reste entier, mais peu importe, la gène, elle, est bien présente.  À de nombreuses reprises des passages sonnent faux, sont peu crédibles, manque d’épaisseur. Et si j’ai avant tout parlé de Seydoux et Cassel, Nathalie Baye et Marion Cotillard (qui surjoue un peu trop) créent parfois également un malaise. Et je ne parle évidemment pas des malaises présents volontairement dans le film. Seul Gaspard Ulliel, à mes yeux, s’en sort toujours, in extremis.

Juste la fin du monde
Crédits photo: ©Shayne Laverdière – Sons of Manual

Si la technique de Dolan est “badass”, son obsession à parfois tourner les dialogues en champ-contre champ très rapides est pénible, fatigante. Comme si le réalisateur n’avait en somme pas grand chose à nous dire, qu’il ne savait pas ou plus quoi faire. Certes, cela plonge le spectateur dans une tension qui est nécessaire au film, mais cela donne également l’impression qu’il tente de masquer le malaise crée par ses scènes qui sonnent faux, qui s’étirent. J’ai par contre adoré certains gros plans, qui allaient jusqu’à faire ressortir énormément le grain de peau. Les boutons, les imperfections de peau, la barbe de trois jours, tout ça filmé de très près, ça m’a fait frissonner.

La maison, dans laquelle se déroule la majorité de l’action, me dérange également. Elle m’a paru si factice. On voit facilement qu’elle est remplie de détails travaillés et réfléchis, qui apporte une signification, comme le papier peint par exemple, qui offre une image du milieu social de la famille. Mais c’était peut-être justement “too much”. J’ai réellement eu la sensation durant tout le film que cette maison n’était que décor. Cela me rappelait, dans un autre style, les maisons modèles des catalogues Ikea. Pas que la maison de ce film soit parfaite et rangée, mais l’illusion de vie que Dolan a voulu crée n’est resté pour moi qu’illusion (j’ai personnellement vu ça comme un défaut, à voir si d’autres n’y ont pas perçu un message, un symbole …) Et les habitants m’ont d’ailleurs souvent paru acteurs. Quant à l’histoire, elle m’a souvent parue film. Si l’esthétique qui consiste à rappeler au spectateur que l’on est dans un film peut-être très intéressante, ce n’est pour moi ici clairement pas le cas. Le temps que j’ai mis à rentrer dans le film n’était pas, selon moi, quelque chose de maîtrisé.

Un autre problème également, qui relève plus du scénario que des acteurs, c’est le manque cruel de profondeur, au début, des personnages secondaires. Louis, lui, m’a tout de suite séduite. Peut-être je vous l’accorde parce que je suis fan de Gaspard Ulliel, mais en dehors de la vénération que je porte à l’interprète, je trouve une certaine profondeur à ce personnage, ce qui lui permet donc d’être le personnage principal du film. Cependant, de mon avis, des personnages secondaires sont bons quand ils peuvent se permettre d’être principal. Or ici, Suzanne n’est qu’une jeune femme en crise d’ado perpétuelle (le personnage est d’ailleurs assez déroutant quand on sait que l’actrice approche de la trentaine), Antoine un grincheux réac et beauf, sa femme une soumise peureuse un peu simplette. la mère, est par contre déjà un peu plus intéressante.
Vous pouvez donc facilement imaginer, face à tous les reproches que j’adresse au film, quelle était ma déception. Et pourtant, j’ai utilisé les mots “au début” un peu plus haut …

En effet, à partir d’un moment tous ces reproches s’envolent, et Dolan devient alors le maître des émotions. Je ne saurai vous dire quand est-ce que ce phénomène exactement se produit. Mais alors, on est enfin hapé par le film, on y plonge en plein coeur. Ca retourne, ça donne mal au ventre, ça fait pleurer. Ca renvoie à du vécu, à du réel, ça présente des personnages en profondeur. Je me suis prise une claque d’émotions, et ça faisait longtemps que je n’étais pas sortie d’une salle de cinéma en étant toujours dans le film, bouleversée. Juste la fin du monde est rempli de fioritures, de défauts qui créent une carapace autour de l’essence du film. Mais une fois la carapace brisée, lorsqu’on accède à cette essence, c’est très fort. Et rien que pour ça, ça vaut le coup de se taper tous les “défauts” d’avant.

Juste la fin du monde
Crédits photo: ©Shayne Laverdière – Sons of Manual

Et je tenais à faire remarquer que Dolan est le seul réalisateur que je connaisse qui utilise des musiques nulles dans ses films, et qui obtient des scènes ultra-stylées. Tu m’épateras toujours Xavier …

Adèle.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Solve : *
14 − 1 =