Chouf – La critique

Regarde. Mais regarder quoi donc? Un thriller psychologique sur fond de trafic de stupéfiants, ou la représentation documentaire fidèle d’une réalité des cités de Marseille?

Copyright Pyramide Distribution
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Chouf est l’épopée de vengeance d’un jeune étudiant qui replonge dans les réseaux de trafic de sa cité d’enfance, pour venger la mort de son frère, dealer charismatique, aimé de tous dans leur bande d’amis. S’il a une trame narrative de thriller déjà beaucoup trop usée, le film est à la recherche d’une dimension documentaire, comme a pu l’expliquer Karim Dridi, son réalisateur.

C’est dans cette démarche réaliste qu’il a souhaité s’encrer dans une cité, une vraie, et ne s’est entouré que de jeunes n’ayant jamais joué la comédie (si ce n’est Sofian Khammes, tout droit sorti du Conservatoire). Le résultat se matérialise en une pellicule brute et étonnement belle, très esthétisée parfois, créant des plans ingénieux, étincelants et plus que tout surprenant, par des décalages entre le cadre et l’action. Cependant, pour les acteurs il s’agit de toute autre chose: là où la démarche naturaliste aurait pu se solder par une frappante impression de vrai, elle rend quelque chose de particulièrement étrange. Les difficultés de jeu se sentent et sont accentuées par des dialogues qui semblent écrits très simplement, ou simplement mal adaptés à la diction brute (sans artifices) des acteurs. Le dialecte des personnages mêle l’arabe, le français, le verlan, avec un très fort accent marseillais, qui le rent, mine de rien, parfois incompréhensible. (Karim Dridi avait apparemment voulu sous-titrer sous film avant de changer d’avis, par respect pour ses jeunes acteurs).

La recherche de vengeance  de personnages après le décès d’un proche qu’ils aimaient tendrement. Meh. Là où le film prend sa dimension unique, c’est dans certaines pépites de narration(par exemple dans l’application à la vente de stupéfiants de certains principes enseignés au personnage principal dans son école de commerce), certains éléments visuels réellement originaux et dans la critique légère qui y est insufflée. Celle-ci n’est centrée sur personne en particulier, et la caméra semble voguer çà et là dans ce monde sans jamais réellement imposer un jugement de valeur sur qui que ce soit.

© Pyramide Distribution
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Peut on affirmer que Chouf  est un documentaire immersif et réaliste des cités du Nord de Marseille? Il faut rester perplexe à ce sujet. Il est inquiétant de voir à profusion les commentaires qui crient la triste réalité exposée par ce film, comme s’il s’agissait d’une caméra pointée à la vraie vie. Chouf reste une fiction, une oeuvre subjective écrite de toute pièce, bien que centrée sur un phénomène sociétal réel.  Il y a cependant, dans la démarche de Karim Dridi, une recherche intéressante de naturalisme, de “film laboratoire” qui nous met sur la piste d’une situation grave dans les quartiers Nord de Marseille. Si la beauté de la pellicule explore les paysages de la cité phocéenne, l’image déjà terne de celle-ci n’en sortira pas blanchie.

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